Valentine Hervé, Psychologue à Paris 6
  • MON PARCOURS
  • SYMPTÔMES
    • ANGOISSE, ANXIÉTÉ
    • DÉPRESSION
    • TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE (T.C.A)
    • PHOBIE
  • QUESTIONS/RÉPONSES
  • ARTICLES
    • TOUS LES ARTICLES
    • CABINET DE LECTURE
  • PRESSE
  • CONTACT
  • Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Rechercher
  • Menu Menu
Vous êtes ici : Accueil1 / Angoisse d’abandon

Angoisse d’abandon : quand l’absence de l’Autre réactive une peur plus ancienne

« Se cacher est un plaisir, mais ne pas être trouvé est une catastrophe. » 

Donald W. Winnicott,  

Jeu et réalité 

« …Tout l’après-midi, au jardin, je suis hantée par les peurs, toujours les mêmes : “Il  a quelqu’un d’autre.” Et alors, c’est le trou, ce stade de l’enfance jamais dépassé. Je  lis dans un article de psychanalyse que la terreur sans nom – que j’aime ces mots – du nourrisson est vaincue peu à peu, terreur de la séparation d’avec la mère. Une  étape capitale est franchie lorsque l’enfant devient capable de garder en lui l’image  de sa mère en son absence. Autrement dit, lorsqu’il arrive à comprendre que la  présence physique n’est indispensable ni à l’un ni à l’autre pour continuer à penser à  l’un et à l’autre. » [1] 

En quelques mots, Annie Ernaux illustre avec justesse ce que peut être l’angoisse  d’abandon. La narratrice semble suspendue à l’attente d’un signe de l’être aimé,  comme si ce silence était nécessairement synonyme de perte. Une pensée s’impose  alors : « Il a quelqu’un d’autre. Et alors, c’est le trou. » 

Ce « trou » dit la brutalité de ce qui peut se produire lorsque la non-réponse de  l’autre ne peut plus être pensée comme une simple absence, mais devient comme la  menace d’une rupture du lien lui-même. Aussi, ce « trou » ne désigne-t-il pas  seulement le vide que laisserait la perte possible de l’être aimé. Il peut également  renvoyer à une expérience plus ancienne : celle qui surgit lorsque l’Autre se dérobe,  lorsque sa présence se fait attendre et que le silence devient source de détresse. 

Tant que l’Autre est là, le lien semble aller de soi ; sa présence suffit à me confirmer  que je compte pour lui et que le lien existe toujours. Mais lorsqu’il vit, désire et jouit 

ailleurs, en dehors de moi, c’est comme si l’Autre me laissait tomber, et c’est là que  quelque chose vacille. Dès lors, le sujet se questionne sur la place qu’il occupe dans  le désir de l’Autre : Est-ce qu’il pense encore à moi ? Est-ce que je compte toujours pour lui ? Est-ce qu’il va revenir ? 

Le « trou » et le « troumatisme » 

Lacan a forgé le néologisme de « troumatisme », en jouant sur les mots trou et  traumatisme. Selon lui, le traumatisme n’est pas seulement un événement qui serait  venu de l’extérieur ; il y a aussi un trou, un point de réel que le sujet éprouve et qu’il  ne peut assumer, et qui lui paraît hors sens, angoissant, voire terrifiant. 

Chacun invente, selon ses ressources, des solutions ou tricote des fictions. De plus,  ce trou peut fonctionner comme un impensé : quelque chose qui ne peut être  représenté ni symbolisé d’emblée et qui peut ainsi faire retour sous forme  d’angoisse. 

Dans cette perspective, le « trou » dont parle Annie Ernaux peut être entendu  comme ce moment où le manque de l’Autre devient soudain un manque  insoutenable. C’est comme si cette expérience faisait d’Annie Ernaux une femme  « troumatisée », qui éprouve le manque de l’Autre au plus profond d’elle-même. 

Par ailleurs, ce trou peut paradoxalement être envahi par un trop : trop de pensées obsédantes, trop d’attente, trop d’angoisse, trop de fantasmes. On le sait, l’Autre ne  devient jamais aussi envahissant que lorsqu’il est absent. C’est pourquoi le sujet  tente de combler le manque par des messages, des présences multipliées, des  demandes de réassurance ou encore la recherche incessante de signes d’amour. 

La « terreur sans nom » 

Pour Wilfred Bion (1897–1979), psychanalyste anglais, le nourrisson fait très tôt  l’expérience d’une détresse primitive qu’il ne peut encore ni penser ni représenter. Il  la nomme « terreur sans nom » [2] 

L’absence, la frustration ou les éprouvés corporels peuvent alors être vécus comme  une expérience brute, sans représentation permettant de les contenir. 

Progressivement, grâce à la présence de l’Autre et à sa capacité à accueillir et à  transformer cette détresse primitive, l’enfant apprend à la rendre supportable. Il peut  alors faire face à l’absence sans que celle-ci soit vécue comme une disparition. Il  conserve intérieurement l’image de l’objet absent et peut continuer à y penser. 

Lorsque cette capacité demeure fragile, une absence actuelle peut réactiver quelque  chose de cette détresse primitive. Le sujet adulte peut savoir que son partenaire est  simplement occupé tout en éprouvant, simultanément, une peur qu’il lui semble  impossible de raisonner. C’est précisément dans cet écart entre ce que l’on sait et ce  que l’on éprouve que se manifeste le conflit psychique. 

Freud avait déjà souligné la vulnérabilité particulière que comporte l’amour : «  Jamais nous ne sommes davantage privés de protection contre la souffrance que  lorsque nous aimons, jamais nous ne sommes davantage dans le malheur et la  détresse que lorsque nous avons perdu l’objet aimé ou son amour. » [3]. 

L’amour n’est-il pas un art de la dépendance ? Aimer suppose, en effet, de consentir  à dépendre, au moins en partie, d’un autre qui ne peut jamais être entièrement à soi. 

Quand l’absence devient une menace 

Une patiente dit en séance : « Je sais bien que c’est irrationnel, mais je n’arrive pas  à me raisonner. » 

Elle sait que son compagnon travaille, qu’il est occupé ou qu’il n’a simplement pas  son téléphone avec lui. Pourtant, l’angoisse est là. Elle vérifie ses messages,  cherche des indices, imagine le pire et ressent le besoin d’être rassurée  immédiatement. 

La réalité présente ne justifie pas la panique, mais l’absence prend une valeur de  menace. Ce qui se joue alors ne relève pas uniquement de la relation actuelle : une  expérience plus ancienne semble se réveiller. 

Pour comprendre ce qui se révèle au juste dans ces moments, il faut revenir à ce qui  se joue pour l’enfant dans les toutes premières expériences de séparation et  d’absence. Le jeune enfant doit progressivement découvrir que l’absence de sa mère 

ne signifie pas sa disparition. Il apprend à conserver en lui une représentation de  celle-ci lorsqu’elle n’est plus présente. Cette capacité lui permet de supporter  l’attente et la séparation sans que le lien soit vécu comme rompu. 

Lorsque cette sécurité intérieure demeure fragile, l’absence peut, au contraire, être  ressentie comme une perte imminente. 

Dès lors, l’Autre n’est plus seulement celui qu’il aime : sa présence devient aussi ce  qui lui permet de se sentir rassuré, reconnu, parfois même assuré de sa propre  valeur. « S’il ne me répond pas, c’est que je ne compte plus. » 

L’angoisse d’abandon peut ainsi toucher quelque chose de plus profond que la peur  de perdre l’Autre : la crainte de se perdre soi-même dans son absence. 

Nous laisserons le mot de la fin au psychanalyste Jean Allouch, qui écrit dans  L’amour Lacan : « Aimer, c’est laisser l’autre être seul. Effectivement seul et  cependant aimé. » [4] Ainsi donc, ne s’agit-il pas d’accepter que, dans le couple, la  fusion est impossible ? Aimer suppose alors de pouvoir laisser subsister un espace  entre soi et l’Autre, sans chercher à faire Un, sans chercher à abolir cette distance  qui sépare et qui, pourtant, rend possible la rencontre. 

Ne sommes-nous pas, dès lors, condamnés à composer avec l’Autre en  permanence, avec son absence comme avec sa présence, avec ce qui nous  échappe de lui et que nous ne pourrons jamais totalement maîtriser ? 

Peut-être est-ce précisément là que se situe l’enjeu de l’amour : apprendre à vivre  avec cet écart, plutôt que de chercher sans cesse à le combler. 

_____________

[1] Annie Ernaux, Se perdre, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2002. p. 287. 

[2] S. Freud, Malaise dans la civilisation, Paris, Presses Universitaires de France,  1994, dans Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse, t. XVIII, p. 243-333. 

[3] W. R. Bion, Réflexion faite, trad. de l’anglais par François Robert, Paris, Presses  Universitaires de France, 1983, p.191.

[4] J. Allouch, L’amour Lacan, Paris, EPEL, 2009, p. 495.

Search Search

Articles récents

  • Angoisse d’abandon
  • « Les grands âges » photographies de Nikos Aliagas
  • Les phobies d’impulsion
  • Que signifie rêver de la mort de ceux que l’on aime ? 
  • Lucian Freud

Archives

SITE DE RÉFÉRENCE

> Jean Jacques Tyszler
> Catherine Grangeard

Tél : 06 18 34 70 46

Valentine Hervé

Psychologue clinicienne
Psychanalyste

Prendre rendez-vous sur doctolib
Contact

53, rue Bonaparte
75006 Paris

METRO : St-Germain-des-prés
ou Mabillon PARKING : Saint-Sulpice

© Copyright - Valentine Hervé | webdesign : atelierguias.com
  • Politique de confidentialité
  • Mentions légales
Lien vers: « Les grands âges » photographies de Nikos Aliagas Lien vers: « Les grands âges » photographies de Nikos Aliagas « Les grands âges » photographies de Nikos Aliagas
Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut

Ce site utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre utilisation des cookies.

J'accepteJuste masquer la notificationParamètres

Cookie et paramètres de confidentialité



Comment on utilise les cookies

Nous pouvons demander que les cookies soient réglés sur votre appareil. Nous utilisons des cookies pour nous faire savoir quand vous visitez nos sites Web, comment vous interagissez avec nous, pour enrichir votre expérience utilisateur, et pour personnaliser votre relation avec notre site Web.

Cliquez sur les différentes rubriques de la catégorie pour en savoir plus. Vous pouvez également modifier certaines de vos préférences. Notez que le blocage de certains types de cookies peut avoir une incidence sur votre expérience sur nos sites Web et les services que nous sommes en mesure d'offrir.

Cookies Web Essentiels

These cookies are strictly necessary to provide you with services available through our website and to use some of its features.

Because these cookies are strictly necessary to deliver the website, refuseing them will have impact how our site functions. You always can block or delete cookies by changing your browser settings and force blocking all cookies on this website. But this will always prompt you to accept/refuse cookies when revisiting our site.

We fully respect if you want to refuse cookies but to avoid asking you again and again kindly allow us to store a cookie for that. You are free to opt out any time or opt in for other cookies to get a better experience. If you refuse cookies we will remove all set cookies in our domain.

We provide you with a list of stored cookies on your computer in our domain so you can check what we stored. Due to security reasons we are not able to show or modify cookies from other domains. You can check these in your browser security settings.

Google Analytics Cookies

These cookies collect information that is used either in aggregate form to help us understand how our website is being used or how effective our marketing campaigns are, or to help us customize our website and application for you in order to enhance your experience.

If you do not want that we track your visist to our site you can disable tracking in your browser here:

Autres services externes

We also use different external services like Google Webfonts, Google Maps, and external Video providers. Since these providers may collect personal data like your IP address we allow you to block them here. Please be aware that this might heavily reduce the functionality and appearance of our site. Changes will take effect once you reload the page.

Google Webfont Settings:

Google Map Settings:

Google reCaptcha Settings:

Vimeo and Youtube video embeds:

Politique de Confidentialité

Vous pouvez lire plus sur nos cookies et les paramètres de confidentialité en détail sur notre Page de Politique de Confidentialité.

Politique de confidentialité
J'accepteJuste masquer la notification