« Et à soixante ans, quand je serai vieille ?

Tu veux dire le ventre, les seins, les fesses, tout ça ? Ben oui.

Ça fait peur, non ?

Non.

Comment, non ? Quand je serai une vieille peau ?

Ça n’existe pas, une vieille peau, c’est des histoires sans amour »

Romain Gary

(Clair de femme)

 

« Il n’y a pas d’âge pour jouir » de Catherine Grangeard

La ménopause sujet tabou de notre société ? Elle a très peu intéressé les psychanalystes qui considèrent cette étape comme un sujet médical. La ménopause est cette chose dont personne ne parle, sauf ceux qui en sont autorisés, les gynécologues en l’occurrence.

La littérature psychanalytique regorge d’ouvrages sur la féminité, la maternité, la sexualité féminine mais reste quasi muette sur ce seuil où tout bascule.

« Il n’y a pas d’âge pour jouir », titre provocateur en forme de coup de poing féministe où Catherine Grangeard, psychanalyste et psychosociologue, pousse un véritable coup de gueule en forme de plaidoyer contre la prétendue invisibilité sexuelle des femmes de plus de 50 ans. Même si pour la majorité, la ménopause n’est pas synonyme de vieillesse et de « retraite sexuelle » le pouvoir de séduction reste un critère de valeur sociale et demeure attaché à la jeunesse, avec ses corollaires, beauté et minceur. Nous sommes face à un nouvel enjeu de société où les femmes ont été éduquées pour se conformer aux codes de la beauté idéale — qui est jeune et lisse —, elles se sentent coupables quand elles n’y correspondent plus.

C’est à la suite d’une séance, avec une patiente très en colère contre les propos tenus par un chroniqueur à la télévision, que l’auteure va s’insurger contre « cette phobie généralisée de l’avancée en âge ».

Tout au long de l’ouvrage, elle alterne récit à la première personne et témoignages recueillis sur le divan pour interroger le désir, l’amour, la sexualité et les ravages du temps sur le corps des femmes.

Cesse-t-on vraiment d’être désirante et désirable lorsqu’on avance en âge ? se demande l’auteure.

À chaque femme sa ménopause. Il n’y a pas « la » femme, mais « des » femmes aux expériences et aux idées très diverses, allant de « l’horreur » à « la deuxième jeunesse » en passant par le non- évènement.

La clinique de la ménopause nous apprend que beaucoup de femmes cessent de faire l’amour, repoussent les avances de leur compagnon car elles disent qu’à leur âge, c’est plus de leur âge. Leur corps a changé, courbes, peau, galbes, rondeurs ont perdu de leur superbe. Elles déclarent ne plus en avoir envie. En fait, elles n’ont plus envie d’elle-même. Cette image qu’elle porte en elle ne correspond plus à celle qu’elle voit dans le miroir.

Elle se « rejette » et ainsi déserte le terrain de la séduction, du souci de soi et du désir sexuel.

Au moment de la ménopause, une femme est confrontée à une double perte phallique : elle ne pourra plus enfanter et elle perd en partie sa beauté, attirant moins le regard des hommes.

Faut-il déconditionner nos regards ?

« Désire-t‑on une personne dans sa globalité ou pour des attributs isolés ?».

On n’est pas femme d’emblée et à la ménopause se repose les mêmes questions : qu’est-ce qu’être femme ? Comment le reste t’-on ? Comment relancer sa libido ? Comment être encore sujet de désir ? Même si les femmes sont les championnes de l’arrangement, il n’en demeure pas moins qu’elles se posent plus de questions que les hommes car la féminité n’est pas linéaire, et qu’à chaque étape clé de leur vie, elles sont confrontées à une nouvelle temporalité où elles vont devoir rectifier, corriger, inventer une nouvelle façon d’être femme.

Ce livre traite avec humour et beaucoup de distance, un sujet de société qui laisse de nombreuses femmes démunies et en souffrance face à ce moment psychologiquement difficile. Méfions-nous de ce pur effet de discours, qu’à la ménopause le désir sexuel décline.

Le mot de la fin revient à Gisèle Halimi : « Ce n’est pas si désagréable de vieillir si l’on ne coupe pas la vie en étapes, si on ne se dit pas : « Maintenant, c’est fini, je suis entrée dans la vieillesse. »

Catherine Grangeard est psychanalyste, psychologue et psychosociologue. Régulièrement sollicitée par les médias, elle est engagée sur les questions de sexisme, d’obésité, de violences et de harcèlement faites aux femmes. Elle a publié plusieurs ouvrages sur l’obésité.